Soutenir les enfants vivant dans la rue avec Hashtag Gulu - Nouvelles d'Omoana - Janvier 2024

Nous avions rencontré une première fois Mike et Irene, le directeur et la comptable de Hashtag Gulu, en 2022 suite à une mise en relation par notre chargé de comptabilité et administration qui a vécu à Gulu. Ils nous avaient alors expliqué la genèse de leur organisation et les activités qu’ils mènent. Un an plus tard, après avoir pris le temps de vérifier les conditions de partenariat et avoir réfléchi ensemble à nos apports mutuels, nous voilà en collaboration pour un tout nouveau projet : l’art comme outil d’intégration sociale pour les enfants en conflit avec la loi.

En Ouganda, des milliers d’enfants et de jeunes vivent et travaillent dans la rue et sont touchés par la pauvreté, la faim et la violence. Ils sont rejetés, craints et stigmatisés par la communauté locale, harcelés et arrêtés par les forces de l’ordre, avec le risque de devenir criminels, faute d’autres options viables. Par ailleurs, la plupart des enfants et jeunes de la rue sont déjà accusés d’une variété de maux sociaux et nombre d’entre eux se retrouvent en détention juvénile au moins une fois au cours de leur enfance.

Le projet mis en place par Hashtag Gulu vise donc à améliorer leur intégration sociale en utilisant des activités artistiques pour les aider à développer une attitude positive à l’égard d’une vie responsable pendant, et après, l’incarcération tout en identifiant et en développant leurs talents. En outre, le théâtre forum est utilisé comme plateforme d’échange avec leur communauté.

Le projet se concentre à la fois sur les jeunes en situation de rue et les mineurs en détention, leurs parents et les membres de leurs communautés. Ainsi, alors que les jeunes se préparent à vivre harmonieusement dans les communautés, les parents/tuteurs et la communauté au sens large se préparent également à les accepter. Cela se fait en renforçant la capacité de ces jeunes à défendre leurs propres droits. A cette fin, les activités suivantes sont mises en œuvre : formation en théâtre forum, création de scènes et présentation aux communautés; formation artistique en musique, danse et peinture; évènements de sensibilisation à destination des parents et communautés; réunions d’échanges parents-jeunes; et ateliers pour les parents pour renforcer une approche parentale positive.


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Un artiste du spectacle Résilience témoigne - Nouvelles d'Omoana - Janvier 2024

Je suis une jeune personne séropositive de 27 ans, un leader très motivé et un défenseur actif des droits sexuels et reproductifs (DSR), notamment auprès des personnes vivant avec le VIH. Je suis un ancien bénéficiaire du projet “Omoana House”. A présent, au sein de St. Francis Health Care Services (ci-après : St. Francis), un partenaire d’Omoana, j’occupe le poste de coordinateur de la jeunesse. Cette position me permet d’influencer stratégiquement les programmes DSR/VIH pour les jeunes dans le pays. Je suis également directeur du Jinja Network of young people living with HIV/AIDs (JNYPA), un réseau qui promeut une participation significative des jeunes vivant avec le VIH/sida et un environnement sans stigmatisation dans la sous-région de Busoga. Enfin, j’ai fondé Batabaazi Culture Troop, une organisation communautaire culturelle d’information et de plaidoyer sur le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, qui utilise des approches afro-centrées et artistiques (musique, danse et art dramatique).

J’ai perdu toutes les personnes importantes de ma vie : mon père à l’âge de deux semaines, ma mère à 14 ans, puis ma grand-mère et mon oncle en peu de temps. J’ai failli abandonner l’école, j’ai arrêté de prendre mes antirétroviraux (traitement contre le VIH). Ma vie s’est dégradée, sans espoir, ni personne à qui parler pour obtenir des conseils. J’étais déprimé, mais grâce à Omoana House, qui fait partie des services de soins de santé du partenaire St. Francis, j’ai été pris en charge, réhabilité et ramené à l’école. J’ai pu obtenir un diplôme de comptabilité et j’ai hâte d’aller plus loin. Aujourd’hui, j’ai créé ma propre famille. J’ai deux magnifiques enfants, une fille et un fils.

Par conséquent, le spectacle Résilience – qui devait être présenté en Suisse en novembre 2023, mais a dû être annulé pour cause de refus de visa – était un excellent moyen de mettre en évidence le type de résilience dont j’ai fait preuve au fil du temps. J’ai été, toutefois, heureux de pouvoir partager ce spectacle dans les écoles en Ouganda, pour témoigner de mon parcours et inspirer d’autres jeunes. Je tiens à remercier St. Francis et Omoana pour leur soutien continu aux jeunes vivant avec le VIH et affectés par celui-ci.

Nyanzi Huzairu,
Artiste du spectacle Résilience et ancien bénéficiaire d’Omoana House


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Le début d'une nouvelle décennie - Nouvelles d'Omoana - Janvier 2024

Après avoir fêté ses 20 ans, l’année 2024 s’ouvre sur une nouvelle décennie pour Omoana. Comme chaque début d’année, vient le temps du bilan de l’année écoulée, mais aussi des attentes pour l’année à venir.

A titre personnel, cela fait bientôt 2 ans que j’ai rejoint l’organisation et ce qui m’avait donné envie de postuler n’a fait que se confirmer : Omoana est basée sur des valeurs fortes et met l’humain au centre de ses projets. Cette dernière année a permis de consolider notre équipe. Avec le directeur et le chargé de comptabilité et administration, nous formons à présent un trio fonctionnel et efficace, soutenu par un Comité qui nous fait confiance. Nous apprenons les uns des autres et la bienveillance est de mise. Je peux dire, sans pudeur, que je suis heureuse et fière d’occuper mon poste de chargée de coordination, dans un travail qui a du sens et qui fait sens.

Au niveau des projets, j’ai eu la chance d’aller déjà 3 fois en Ouganda, à la rencontre de nos différents partenaires et bénéficiaires. Des relations fortes se sont ainsi nouées, garantissant une communication fluide, une identification réelle des besoins et une co-création constante des solutions à apporter. Quel enrichissement à chaque voyage de découvrir les nouvelles idées des équipes, l’énergie mise dans les activités et la volonté inébranlable d’avoir un impact positif !

Avec la maturité, Omoana se stabilise mais se développe aussi. Se recentrer sur des domaines d’activités précis, s’étendre à l’Irak, soutenir des nouveaux projets auprès d’enfants touchés par la violence, tels étaient les volontés de 2022. En 2023, cela a été accompli, grâce notamment à la confiance renouvelée de nos bailleurs et de nos donateurs. Le travail s’intensifie et, comme pour chaque nouveauté, cela s’accompagne de risques que nous avions identifiés et mesurés.

Le chantier de 2024 portera sur une recherche de fonds accrue et des relations de proximité renforcées avec nos donateurs. Les idées ne manquent pas et nous vous prévoyons déjà plusieurs événements dont nous vous révélerons les détails en temps voulu.

Que souhaiter donc à Omoana pour cette nouvelle année, et même décennie ? Probablement une expansion réussie, des liens de confiance maintenus entre tous les acteurs et des activités qui continuent de servir notre mission. De notre côté, en tout cas, c’est avec un enthousiasme et une motivation intactes que nous nous lançons dans 2024. Je nous souhaite, et vous souhaite à tou.te.s, la plus belle des années !

Chloé Collier
Chargée de coordination


L'Ouganda face à la pandémie de Covid-19

Entre avril et juillet dernier, l’Ouganda a connu un taux croissant d’infections à la Covid-19. Cette situation a mis à rude épreuve le système de santé du pays, comme en ont témoigné le nombre de décès et d’hospitalisations liés à la Covid-19. Début juin, un confinement national a été déclaré pour une durée de six semaines. Cette mesure a permis au pays de contrôler le taux d’infection au sein de la population et de dispenser des soins de santé aux personnes les plus gravement malades.

Aujourd’hui, le pays s’ouvre à nouveau. Le taux d’infection a chuté de 21 % à 8 %, le nombre de décès est en baisse et la population respecte davantage les mesures de prévention. La levée du confinement, à la fin du mois de juillet, a permis au secteur des transports et à certains secteurs commerciaux de fonctionner à nouveau. Cependant, d’autres secteurs restent fermés, notamment les établissements d’enseignement, les rassemblements communautaires sociaux et religieux
et le secteur du divertissement et des loisirs.

La vaccination de la population est en cours, avec une priorité donnée aux travailleurs essentiels et aux personnes souffrant de maladies chroniques. L’objectif du gouvernement est de vacciner 50% de la population ougandaise pour permettre au pays de contrôler le taux d’infection. Cependant, à ce jour seulement 1,2 % de la population a été vaccinée. Des fonds d’aide aux victimes de la pandémie ont été versés aux personnes les plus vulnérables. 500 000 d’entre-elles ont ainsi reçu un montant de 100 000 UGX (29 USD) pour un mois. Le gouvernement soutient également la recherche de traitements nationaux contre la Covid-19. Des essais cliniques de traitements à base de plantes ougandaises (COVIDEX et COVICYLE) semblent donner de bons résultats.

Conséquences de la pandémie sur les projets

La fermeture prolongée et répétitive des écoles a exposé les enfants à des problèmes tels que le travail des enfants, le mariage des adolescentes, l’abandon scolaire et la violence, qui semblent affecter davantage les filles.

Dans ce contexte, Omoana a encouragé ses bénéficiaires à s’adapter aux plateformes d’apprentissage virtuel fournies par les écoles ou le gouvernement, tels que les programmes d’études radiophoniques pour les élèves du niveau primaire et les modèles d’apprentissage à distance pour les élèves du secondaire et tertiaire.

Nos partenaires des projets d’éducation, St Moses et Handle Uganda, ont assuré un suivi supplémentaire des étudiants et des tuteurs afin d’éviter les échecs qui pourraient affecter la poursuite scolaire lors de la réouverture des écoles.

Les activités d’Omoana House ont également dû être ajustées. Des mesures de sécurité supplémentaires ont été mises en place pour restreindre l’accès des personnes extérieures au centre de réhabilitation afin de protéger les enfants qui présentent un risque élevé de vulnérabilité face au virus (en particulier les enfants séropositifs). Un apport nutritionnel supplémentaire a été proposé aux enfants afin de renforcer leur immunité.

Durant cette période la santé des enfants réintégrés dans leurs communautés a été étroitement surveillée et un traitement antirétroviral leur a été distribué à domicile grâce aux Équipes de Santé Villageoises (ESV). Les pairs éducateurs se sont aussi adaptés en approchant les bénéficiaires directement sur les réseaux sociaux (Facebook et Twitter), en y menant des campagnes de sensibilisation ciblées et proposant un soutien individuel.

Les opérations du projet de santé mentale ont été principalement affectées par les restrictions sur le nombre de passagers par véhicules et les transports inter-régions. Des activités telles que les sensibilisations dans les communautés ont été interrompues en raison de l’interdiction des rassemblements.

Beaucoup de bénéficiaires sont également confrontés à des problèmes de santé mentale dus à la dépression, au stress et à la stigmatisation des personnes affectées par la Covid-19. Il y a, en effet, beaucoup d’incertitudes sur l’avenir sanitaire mais aussi économique du pays.

Immaculate Achan
Coordinatrice terrain