Au coeur : la participation des jeunes
Au coeur : la participation des jeunes
On entend souvent que les jeunes seraient fainéants, désengagés, indifférents aux enjeux qui les concernent. C’est faux. Les jeunes d’Omoana en sont la preuve vivante. En Ouganda comme en Irak, ils démontrent chaque jour une énergie et une volonté d’agir remarquables. C’est là toute la force de nos projets.
Au-delà de la réponse à des besoins essentiels en matière de santé, Omoana s’engage à renforcer des compétences fondamentales : la prise de parole, la confiance en soi, l’esprit critique, le respect de l’autre et l’écoute bienveillante. Ces éléments permettent non seulement de garantir un droit fondamental — celui de participer — mais aussi de contribuer à une société plus inclusive, portée par des citoyens engagés et conscients de leur pouvoir d’agir.
Depuis 2022, j’ai la chance de m’investir au sein d’Omoana, d’abord en tant qu’employée, puis comme membre du comité. Cette expérience m’a permis de me rendre régulièrement en Ouganda, d’y tisser des liens de confiance avec les équipes locales et de rencontrer les jeunes des projets. J’ai ainsi été témoin de transformations profondes.
Je pense notamment à Anisha, qui n’osait presque pas me dire bonjour lors de son premier atelier. Un an plus tard, elle est devenue l’une des porte-parole du projet mené avec St. Francis HCS : elle anime des ateliers, partage ses idées avec assurance et encourage les autres à faire entendre leur voix.
La force d’Omoana réside autant dans la capacité à offrir un espace d’expression aux enfants et aux jeunes que dans celle de les écouter réellement. En prenant le temps de recueillir leurs avis et leurs aspirations, nous nous assurons de répondre à des besoins concrets, de manière pertinente et respectueuse. C’est ainsi que nous concevons chacun de nos projets : en plaçant les premières personnes concernées au cœur du processus, en restant ouverts à la remise en question et en affirmant que chaque voix compte.
Je vous invite à découvrir, à travers ces articles ci-dessous, comment ces principes prennent vie dans nos projets en Ouganda et en Irak. Bonne lecture !
Chloé Collier
Membre du comité
Clubs de jeunes: des espaces de solidarité et de participation active
En Ouganda, les partenaires d’Omoana développent des clubs de jeunes comme de véritables espaces d’expression, de participation et d’entraide. Implantés dans les écoles et les communautés, ces clubs offrent aux enfants et aux jeunes des lieux sûrs où ils et elles peuvent partager leurs expériences, renforcer leurs compétences et s’impliquer activement dans des initiatives locales. Au-delà du simple soutien entre pairs, ils permettent aux jeunes de devenir des acteur·rices du changement, capables d’identifier des problématiques, de proposer des solutions et de s’engager concrètement pour améliorer leur environnement.
Dans les écoles, Backup Uganda met en place des clubs de l’inclusion. Ces espaces permettent aux élèves de devenir acteurs et actrices du changement en soutenant leurs camarades ayant des troubles de l’apprentissage. Ils montrent qu’un environnement inclusif dépend aussi de l’engagement des pairs, et pas uniquement des adultes.
Dans les communautés, Omoana House et St.Francis HCS accompagnent des clubs de jeunes vivant avec le VIH. Les membres, souvent les plus expérimenté·es ou les plus confiant·es, apportent un soutien moral à leurs pairs, notamment pour l’adhésion aux traitements. Ce rôle est d’autant plus crucial dans un contexte marqué par les coupes de USAID, qui fragilisent les dispositifs d’accompagnement. Ces clubs sont aussi des espaces d’épargne collective, renforçant la solidarité et la capacité des jeunes à se projeter.
À Iganga, Girls Menarch Initiative met en place des clubs menstruels inclusifs, impliquant à la fois filles et garçons comme ambassadeur·rices de l’hygiène menstruelle. Ces clubs offrent également des espaces d’échange sur les questions de genre, de violences et de confiance en soi, à travers des activités interactives.
Fait marquant : plusieurs responsables de ces initiatives sont d’ancien·nes bénéficiaires de clubs soutenus par Omoana. Leur parcours témoigne de l’impact durable de ces espaces, qui renforcent la confiance, l’autonomie et l’engagement des jeunes.






Initiatives pour la paix, une jeunesse engagée à Mossoul
À Mossoul, ville d’Irak marquée par des années de conflits, de divisions et de reconstruction, la jeunesse incarne aujourd’hui un véritable levier de transformation sociale. Carrefour d’identités, d’histoires et de communautés, la ville reste traversée par des tensions, mais elle est aussi un espace où émergent des initiatives porteuses d’espoir et de dialogue.
Le projet porté par Aid Gate Organization, partenaire d’Omoana, vise à redonner une voix aux jeunes en les accompagnant dans une réflexion sur leur identité et leur pouvoir d’agir. Car l’identité n’est jamais unique : chacun·e porte une multiplicité d’appartenances: genre, famille, croyances, territoire, souvenirs. Certaines dimensions nous sont imposées, mais d’autres relèvent de nos choix : nos paroles, nos attitudes, notre manière d’aller vers l’autre. La paix commence dans ces choix quotidiens : refuser les discours de division et privilégier l’écoute et la compréhension.
Pour soutenir cette dynamique, des activités artistiques — dessin, musique, théâtre forum — permettent aux jeunes d’exprimer leurs vécus et d’imaginer des futurs différents, au-delà des récits imposés. En parallèle, des formations de formateur·rices en éducation à la paix et des ateliers de plaidoyer ont été lancés.
Le plaidoyer y est abordé comme un moyen concret d’agir pour le changement : il s’agit de sensibiliser, mobiliser et influencer les comportements, les décisions ou les politiques autour d’une cause qui compte pour les jeunes. Dans ce cadre, le programme Civic Engagement Together accompagne les participant·es à développer des compétences clés — prise de parole, narration, mobilisation — et à structurer des actions collectives en faveur des droits humains, de la paix et du développement durable. Prochainement, les jeunes proposeront leurs propres initiatives pour la paix, qui seront sélectionnées et soutenues. Une étape clé pour renforcer leur engagement citoyen et leur rôle d’acteur·rices du changement.
Chaque enfant peut apprendre : Omoana renforce l’inclusion scolaire en Ouganda
À partir du 1er décembre 2025, Omoana soutient l’expansion du projet « Chaque enfant peut apprendre » mené par Backup Uganda dans le Nord de l’Ouganda. Ce programme vise à construire une école réellement inclusive pour les enfants ayant des difficultés ou handicaps d’apprentissage, un enjeu encore peu reconnu en Ouganda. Dans les écoles publiques ougandaises, les défis sont nombreux : classes surchargées, manque de matériel, faibles revenus des familles. Lorsqu’un enfant présente un trouble d’apprentissage — dyslexie, dyscalculie, autisme, trouble de l’attendtion et/ou de l’hyperactivité (TDAH)— ces obstacles deviennent encore plus lourds. Sans compréhension de la part des adultes, beaucoup d’enfants développent un sentiment de rejet, perdent confiance en eux et abandonnent progressivement leurs études, compromettant leur avenir.
Pour répondre à cette situation, le projet investit dans le renforcement des compétences des équipes éducatives. 600 enseignant·e·s et administrateur·rice·s seront formé·e·s à repérer précocement les troubles d’apprentissage et à adapter leurs pratiques pédagogiques. Les ateliers en présentiel, l’accompagnement en classe et les modules hybrides permettent d’atteindre également les écoles rurales, tout en offrant aux équipes des outils concrets pour soutenir chaque enfant selon ses besoins spécifiques.
La collaboration avec les parents et aidant·e·s constitue un autre pilier essentiel. Beaucoup ignorent l’existence de ces troubles ou les interprètent à travers des croyances locales. Les rencontres communautaires et les épisodes du podcast “Every Child Can Learn”, disponibles en plusieurs langues, renforcent la compréhension et l’implication des familles. Le numérique facilite l’accès à l’information, mais le présentiel reste indispensable pour instaurer la confiance et répondre aux questions.
Enfin, l’introduction de clubs d’inclusion permettra aux élèves de devenir acteur·rice·s d’un environnement scolaire bienveillant et solidaire. Ces clubs créent un espace où chacun·e peut s’exprimer, partager ses expériences et encourager ses pairs, contribuant ainsi à transformer la culture de l’école de l’intérieur.
Grâce à ce projet, Omoana contribue à construire des écoles où chaque enfant peut apprendre, s’épanouir et trouver sa place, quelles que soient ses différences.


A Mossoul, une jeunesse engagée pour la paix
Depuis le 1er juillet 2025, Omoana et son partenaire Aid Gate Organization (AGO) ont lancé une nouvelle phase du projet destiné à accompagner les jeunes de Mossoul dans leur reconstruction personnelle et communautaire. Dans cette ville profondément marquée par le conflit et la perte, les jeunes cherchent des espaces pour s’exprimer, guérir et retrouver une place active dans la société.
Le projet mise sur la créativité, l’art et l’apprentissage collectif pour renforcer la résilience et les talents des jeunes. Plus de 600 d’entre eux·elles participeront à des programmes structurés alliant dessin, peinture, composition musicale, performance, production cinématographique, théâtre et stylisme. Chaque cycle de 15 sessions permet de développer des compétences artistiques tout en favorisant l’estime de soi, la confiance et l’expression des expériences vécues. L’art devient ici un langage commun qui rassemble, apaise et ouvre de nouvelles perspectives d’avenir.
La nouvelle phase accorde également une place centrale au plaidoyer mené par les jeunes. Trois jours de formation renforceront leurs connaissances en droits humains, prévention de la violence et promotion de la paix. Les participant·e·s seront ensuite accompagné·e·s pour mettre en œuvre 25 initiatives innovantes, allant de spectacles de théâtre forum à des vidéos de sensibilisation ou des fresques murales dans l’espace public.
En partageant leurs messages, les jeunes contribuent à transformer les mentalités et à reconstruire la cohésion sociale.
Enfin, le projet encourage l’apprentissage entre pairs grâce à des formations de formateur·rice·s en éducation à la paix et en art à visée psychosociale, permettant à 700 autres jeunes d’en bénéficier indirectement.
Avec cette nouvelle dynamique, Omoana soutient une génération qui se reconstruit en créant, en partageant et en agissant pour une paix durable.


Mobilisons-nous pour les enfants vivant avec le VIH
Nouvelles d'Omoana | Septembre 2025
Les récentes coupes dans le financement de l’USAID affectent de nombreux·ses acteur·rice·s du secteur de la santé en Ouganda. Le résultat est clair : une crise grave s’annonce pour les 80 000 enfants vivant avec le VIH. Déjà, nous constatons de nouveaux défis quant à l’accès et à la prise régulière des traitements. Et demain, sans soutien renforcé, davantage d’enfants risquent de basculer vers des formes graves de la maladie.
Depuis sa création, Omoana s’est donné pour mission de bâtir une approche durable, ancrée dans le tissu communautaire. Notre responsabilité est de protéger en priorité les enfants les plus exposé·e·s au rejet et à la maladie. Avec notre partenaire St. Francis HCS, nous faisons face chaque jour à des histoires de souffrance que nul·le enfant ne devrait vivre. Il n’est pas facile de porter ce poids sur le long terme. Mais le personnel fait preuve d’un engagement et d’une persévérance uniques.
À celles et ceux qui nous soutiennent déjà, nous exprimons toute notre gratitude. Votre appui rend ce combat possible.
Dans ce numéro, vous pourrez découvrir des informations issues d’une récente évaluation conduite auprès de 229 enfants, parents et soignant·e·s. Elle donne un aperçu concret de leur situation actuelle, de leurs difficultés et de leurs espoirs.
De manière générale, le contexte de financement devient extrêmement difficile pour Omoana, comme pour de nombreuses ONGs. Face à l’ampleur de cette crise, nous lançons un appel à la mobilisation. Il ne s’agit pas seulement de traitements ou de nutrition. Il s’agit de dignité, de survie et d’avenir pour des enfants qui ont déjà trop souffert. Plus que jamais, nous avons besoin d’un élan collectif pour protéger les plus vulnérables et leur offrir la possibilité de grandir, d’apprendre et de s’épanouir.
Adrien Genoud, Directeur
Quand les enfants vivant avec le VIH voient leur avenir menacé : l’urgence d’agir
En Ouganda, l’avenir de milliers d’enfants et d’adolescent·e·s vivant avec le VIH est aujourd’hui menacé par les coupes soudaines des financements américains de l’USAID. Les conséquences se font déjà sentir dans les hôpitaux, les centres de santé publics comme privés, ainsi que dans les services communautaires. À l’hôpital pour enfants de Nalufenya, la suppression brutale de 40 % du personnel médical a désorganisé le suivi des jeunes patient·e·s et accru la charge de travail des soignant·e·s restant·e·s. Si les antirétroviraux (ARV) sont globalement disponibles, l’enjeu est bien plus large que l’accès aux stocks. Le véritable risque réside dans la rupture du lien vital entre l’enfant et son traitement : transport, suivi, accompagnement.
Sans ce soutien, de nombreux·ses jeunes interrompent leurs prises régulières, ce qui entraîne rechutes, hospitalisations et entrée dans les phases 3 ou 4 du VIH, synonymes de maladies opportunistes graves. Les équipes d’Omoana et de St. Francis Health Care observent déjà ces signaux inquiétants : davantage de complications médicales, une recrudescence des hospitalisations et un sentiment de découragement parmi les jeunes. Chaque interruption fragilise à la fois le corps et la confiance en soi.

Dans ce contexte, les équipes de santé villageoises jouent un rôle crucial. Ces volontaires communautaires assurent un suivi de proximité, visitent les familles et veillent à ce que les enfants poursuivent leur traitement. Mais leurs moyens limités ne suffisent pas à compenser les coupes massives. Le défi est également psychosocial : la peur de la stigmatisation pousse de nombreux·ses adolescent·e·s à cacher leur statut, ce qui accentue leur isolement et compromet leur scolarité comme leur équilibre social.
Face à cela, Omoana et St. Francis développent une approche intégrée : distribution communautaire de médicaments, visites à domicile, groupes de parole, théâtre psychosocial, mentorat par des pairs et accompagnement familial. Ces initiatives redonnent confiance, favorisent l’adhésion au traitement et permettent aux jeunes de se projeter dans l’avenir.
Le rapport réalisé en aout dernier (disponible sur demande), issu d’une consultation de 229 enfants, parents et soignant·e·s est clair : sans soutien urgent, une crise sanitaire et sociale de grande ampleur menace. Derrière chaque statistique, il y a un·e enfant, une histoire, un avenir encore possible. Ne pas agir aujourd’hui, c’est condamner une génération entière à revivre les tragédies du passé.
Anisha, de la douleur à l’engagement
Anisha a 21 ans. Elle vit avec le VIH et fait aujourd’hui partie des visages lumineux d’Omoana. Son parcours, pourtant, n’a pas toujours été simple. Enfant, elle a connu la stigmatisation la plus cruelle : « À l’école, on refusait que je m’assoie à côté de mes camarades. Il
s avaient peur que je les contamine, surtout à cause des boutons qui couvraient ma peau. » Ces souvenirs, qui remontent à ses premières années de primaire, restent une blessure vive.
En 2013, Anisha reçoit le soutien d’Omoana House. Là, sa vie change : elle découvre son statut sérologique, mais aussi un environnement sécurisant, fait d’écoute et de soutien. Les rencontres avec d’autres enfants vivant avec le VIH lui redonnent espoir : « Cela m’a apporté de la joie et m’a rappelé que j’étais importante, comme tout le monde. » À travers un accompagnement psychosocial constant et des opportunités de mentorat, Anisha trouve peu à peu sa voie.

Aujourd’hui, elle est elle-même mentor. Son rôle consiste à accompagner ses pair·e·s en animant des groupes communautaires hebdomadaires, en visitant les jeunes chez eux et en leur parlant de santé, de droits et d’espoir. «Ce qui me rend heureuse, c’est de voir mes camarades retrouver le sourire et l’envie de continuer. » Elle raconte notamment l’histoire d’un jeune qui voulait fuir sa maison : après lui avoir parlé et mobilisé l’équipe d’Omoana House, elle a réussi à le ramener dans le groupe. « C’est ce genre de moments qui me montrent que mon rôle a un sens », confie-t-elle.
Accessible, exemplaire et profondément engagée, Anisha inspire confiance. Elle utilise son expérience personnelle pour tendre la main à d’autres, et son cheminement illustre la mission d’Omoana : transformer la vulnérabilité en force, et semer la lumière là où la douleur avait pris racine.
Crédit photos: Remi Portier Photographie
Thérapie pour les femmes et les filles survivantes de violences sexuelles dans le nord de l’Ouganda
Pendant la guerre avec l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA), les violences sexuelles contre les femmes et les filles étaient répandues. Elles étaient utilisées pour terroriser, mais aussi pour les forcer à concevoir des enfants destinés à devenir les futurs combattants. vivo documente et suit ces violences, tant durant la guerre qu’au sein de la société post-conflit.
La majorité des clientes de vivo (60 à 70 % des filles et femmes anciennement enlevées) ont subi des violences sexuelles, certaines dès l’âge de six ans, avec une moyenne d’âge de 15 ans lors de la première agression. Beaucoup ont été violées de manière répétée par les rebelles, souvent dans le cadre de leur assignation forcée en tant qu’« épouses ». Les femmes ont également subi d’autres formes de violences basées sur le genre de la part de la LRA, telles que des passages à tabac ou des exécutions pour avoir préparé de la nourriture en période de menstruation ou pour avoir porté un pantalon.
Au-delà des troubles psychologiques liés au traumatisme, ces survivantes font encore face à des conséquences durables aujourd’hui : 30 % des femmes et filles violées sont tombées enceintes en captivité, beaucoup ayant accouché sans aucune assistance médicale. Dans la société post-conflit actuelle, elles souffrent de stigmatisation, peinent à expliquer à leurs enfants l’origine violente de leur naissance, et ni elles ni leurs enfants ne se voient souvent accorder des droits sur les terres paternelles. Beaucoup souffrent également de problèmes de santé chroniques (par exemple le VIH), de précarité financière, et doivent assumer seules leur rôle de mère ou vivre avec des partenaires qui rejettent leurs beaux-enfants.
Les violences sexuelles contre les femmes restent un problème dans la société post-guerre du nord de l’Ouganda, avec des survivantes confrontées à la stigmatisation et à l’exclusion sociale. vivo a mis en place un vaste réseau d’acteurs fournissant divers types d’aide aux survivantes de violences basées sur le genre (aide juridique, médicale et sociale). Au sein de ce réseau, vivo est responsable de la thérapie axée sur les traumatismes pour les survivantes, ainsi que de soutien psychogique général, de la médiation familiale et de la mise en place de plans d’urgence pour les femmes vivant dans des relations à haut risque. vivo propose également une formation à la gestion de la colère pour les partenaires violents désireux de changer. De plus, vivo forme des organisations partenaires publiques et privées sur l’impact psychologique des violences sexuelles, les aidant ainsi à mieux soutenir les survivantes.
Anett Pfeiffer
vivo Uganda
“Drawing Together”, Rêver un futur meilleur à travers le dessin
Si l’on demande à une personne, d’où qu’elle soit dans le monde, de dessiner sa colère, on obtiendra des palettes de couleurs et des formes similaires. Partout, nous ressentons les mêmes émotions, avec l’humanité comme simple dénominateur commun. La colère est souvent le résultat de différents sentiments, que ce soit l’inquiétude, la solitude ou l’impuissance. Un enfant ou un jeune malmené par la guerre ou la maladie peut être amené à se sentir dépourvu face à ce sentiment et à l’exprimer d’une manière qui pourra empirer sa situation. Les jeunes vivent des discriminations en lien avec leurs statuts sérologique, de genre, ou d’ancien enfant soldat.
Y répondre par de l’agressivité ou de l’isolement, nourrit un cycle de méfiance avec son entourage. Parmi les activités d’Omoana, les sessions psychosociales leurs permettent d’identifier les signes de colère et d’avoir la capacité de prendre du recul pour y répondre de manière constructive. Cela s’est fait jusqu’ici à travers des discussions interactives et des séances individuelles de soutien psychologique. Le nouveau manuel « Drawing Together » offre des exercices complémentaires pour aborder la question de la gestion de la colère à travers le dessin. On demandera notamment à l’enfant de dessiner sa colère et les manières constructives d’y répondre ou de l’exprimer.
En plus des exercices sur la gestion des émotions, le manuel en offre de nombreux autres applicables par les travailleurs sociaux. Dessiner un ami et les échanges qui en suivront permettent de discuter des relations saines et toxiques, un sujet particulièrement important dans des contextes de violence ou de délinquance. Aborder sa propre identité, la gestion des défis ou ses aspirations pour le futur offriront un champ d’exploration aux enfants pour apprendre à mieux se connaitre, à s’accepter et à avancer vers un futur plus prometteur. Ce manuel, réalisé de manière participative grâce au fond Partage des Savoirs de la Fédération Genevoise de Coopération, est un nouvel outil pratique pour le personnel de nos partenaires, qui l’utilise déjà dans les projets mis en œuvre sur le terrain avec le soutien de nos généreux donateurs.
“Theatre Together”, Des exercices à but psychosocial
Pour un jeune ou un enfant victime de violences, surpasser le mal-être qui s’en découle peut prendre différents chemins. Aborder directement les thématiques d’oppression amène à explorer des solutions à celles-ci. C’est ce que permet le théâtre forum, qui est l’une des approches inclues dans le nouveau manuel créé de manière participative par les organisations partenaires d’Omoana.
Pour avancer, les enfants et les jeunes doivent également avoir l’opportunité de s’échapper des expériences du passé ou d’un présent qui les malmène. Ainsi, des exercices d’improvisation théâtrale, qui font également partie des activités proposées, sont une opportunité de s’amuser tout en développant des compétences sociales. S’il est souvent cru que cette technique nécessite une répartie hors pair, ce sont avant tout des attitudes que les participants doivent pratiquer qui vont en faire le succès. Pour réussir un exercice ensemble, ceux-ci doivent être constamment à l’écoute de l’autre, accepter sa proposition et construire sur celle-ci. Il devront rester au présent et vivre ce moment d’amusement sans se juger. Finalement, au fur et à mesure des histoires qu’ils construisent, ils développent leur imagination, leur capacité à voir le monde différemment. Cela contribue donc à renforcer leurs compétences en promotion de la paix, en entrepreneuriat ou en communication.
Impliquer les enfants vulnérables, mais aussi leur famille et leur entourage, est nécessaire pour favoriser un environnement sain. Le théâtre permet à chacun de se mettre à la place des autres.
Lorsqu’ils jouent des rôles de personnes différentes de ce qu’ils sont, ils traversent les expériences d’autrui à travers leurs propres sens. En encourageant des méthodes modernes du théâtre, Omoana les rend accessible à des enfants exposés à la violence et à leurs communautés afin qu’ils puissent s’approprier cet art dans un but de développement personnel et de vivre-ensemble.
Merci pour votre soutien - Nouvelles d'Omoana - Octobre 2024
Chers ami.e.s et donateurs.rices,
Grâce à votre soutien indéfectible, nous avons pu réaliser de belles initiatives ces derniers mois. En mai, nous avons organisé une magnifique exposition photo à Bruxelles en soutien à Omoana. Un immense merci au talentueux photographe Maxime Collier pour ses œuvres émouvantes, ainsi qu’à tous ceux.celles qui ont répondu présent.e.s et qui ont partagé ce moment avec nous. Votre présence a fait de cet événement un véritable succès !
Nous avons également participé à la course Race for Gift, où nous avons pu mobiliser 20 coureurs.reuses passioné.e.s, récolter 200 dons et lever un total impressionnant de 13’659 CHF pour soutenir nos projets. Un grand merci à tou.te.s les participant.e.s et donateurs.rices qui, par leurs efforts et leur générosité, nous permettent de continuer à faire une réelle différence.
Enfin, alors que nous nous engageons dans un nouveau système de suivi des dons, nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à Jean Genoud, père de notre fondateur et directeur, pour plus de 20 ans d’engagement inestimable, notamment dans la gestion de la base de données. Son soutien constant a été une force précieuse pour Omoana.
Votre engagement à nos côtés est le moteur de notre action, et pour cela, nous vous disons mille fois merci.
2 semaines d'échange, 10 ans d'expérience - Nouvelles d'Omoana - Octobre 2024
Grâce au fonds Partage des savoirs de la Fédération Genevoise de Coopération, trois collègues Irakiens ont pu se rendre en Ouganda où ils ont participé à des ateliers et ont visité les projets. Les échanges qui concernent notamment la manière de soutenir des enfants touchés par la violence se sont avérés précieux. Amjed Al-Rufaye nous fait un retour d’expérience.
J’ai toujours été fasciné par les projets soutenus par Omoana en Ouganda, mais pendant mon séjour là-bas, ils ont continué à surpasser mes attentes.
Je suis Amjed Al-Rufaye, originaire de Bagdad, en Irak. Par le passé, j’ai été engagé auprès de diverses ONGs en Irak et en Turquie. Je travaille actuellement en tant que conseiller technique pour Omoana et Aid Gate Organization en Irak.
Notre voyage en Ouganda a commencé à Gulu avec un atelier de quatre jours réunissant les équipes des ONGs actuellement soutenues par Omoana en Ouganda. Avec d’autres collègues, nous avons animé des exercices d’art visuel pour le soutien psychosocial dans le cadre de la création du manuel « Drawing Together ». L’atelier s’est poursuivi avec Adrien et d’autres coachs de théâtre qui ont présenté des exercices de théâtre (pour le manuel « Theatre Together »). Ce fut une expérience créative et interactive qui a rempli la salle de rires. A la fin, nous avons écouté les retours, discuté de l’importance de l’art, de la manière dont il peut bénéficier aux enfants et comment il peut être adapté aux projets et à la culture locale.
Dans les jours qui ont suivi, nous avons eu des réunions avec les ONGs partenaires d’Omoana. Nous avons eu une présentation des équipes derrière les projets, échangé des questions et appris des expériences de chacun. Après cela, ils nous ont emmenés sur le terrain et montré comment ils interagissaient avec les communautés locales.
Au cours de ces visites, j’ai acquis des informations précieuses sur l’histoire et les besoins de la communauté locale, et comment l’Ouganda et l’Irak ont traversé des circonstances similaires. Par exemple, j’ai adoré ce que fait vivo à Gulu pour aider les victimes à surmonter les traumatismes d’avoir été enlevées par l’Armée de Résistance du Seigneur pendant leur enfance et les horreurs qu’elles ont été forcées à voir ou à faire. Entendre ces expériences m’a rappelé l’époque de l’Etat Islamique à Mossoul et aux histoires que j’ai entendu des habitants. Cela m’a fait réfléchir à comment nous pouvons adapter ce que fait vivo pour aider les jeunes dans les centres de détention et la communauté. Il en est de même pour St. Moses et Hashtag Gulu et les projets de soutien psychosocial qu’ils réalisent au sein de la communauté, et comment nous pouvons mettre en œuvre des projets similaires en soutenant et en revitalisant les centres communautaires pour jeunes négligés en Irak. Omoana House et St. Francis et leur soutien aux personnes vivant avec le VIH m’ont ouvert les yeux sur un problème grave auquel l’Irak est confronté. Le manque de sensibilisation concernant le VIH et le nombre croissant de cas non divulgués au sein de la communauté en font une bombe à retardement potentielle.
Nous avons beaucoup appris sur les processus de diverses ONGs de développement, les défis auxquels elles étaient confrontées et comment elles les ont surmontés. Cela m’a fourni des informations sur Omoana, a mis en lumière l’importance de l’art et comment cela a aidé les bénéficiaires à s’exprimer lorsque les mots ne suffisaient pas. Cela m’a également ouvert les yeux sur de nouvelles idées et projets qui peuvent être adaptés en Irak. Ce fut une expérience très artistique remplie de danses traditionnelles et de performances théâtrales. En deux semaines en Ouganda, nous avons l’impression d’avoir gagné dix ans d’expérience ! Nous avons échangé des connaissances précieuses, nous nous sommes immergés dans une nouvelle culture et avons formé de solides amitiés, tout en échappant aux températures de 50°C à Bagdad.
Amjed Al-Rufaye
Conseiller Technique, Omoana
Une jeunesse en marche pour un avenir ensemble - Nouvelles d'Omoana - Octobre 2024
Revenir d’Ouganda, c’est toujours un mélange de joie et d’émotion pour moi. Lors de mon voyage en septembre dernier, j’ai eu l’opportunité d’assister à une session de sensibilisation menée par Girls Menarche Initiative (GMI), notre nouveau partenaire, dans un village isolé, où l’accès à l’éducation et aux ressources est terriblement limité. Là-bas, entourée de jeunes filles timides mais curieuses, j’ai été frappée par la force de cette initiative, par l’espoir qu’elle représente pour des milliers de filles qui, autrement, seraient laissées de côté.
Dans ce village reculé, voir ces jeunes filles s’ouvrir à un sujet aussi sensible que la menstruation a été un moment fort. Mais ce qui m’a encore plus touché, c’est de voir les garçons présents, impliqués dans la discussion. GMI a compris que pour briser les tabous et lutter contre la stigmatisation, il fallait aussi parler aux garçons. Leur approche est incroyablement intelligente : en éduquant les deux sexes, ils transforment la perception des menstruations en une question collective de respect et d’empathie. Les garçons deviennent ainsi des alliés dans ce combat pour l’égalité et l’inclusion.
Ce qui me touche encore davantage, c’est l’histoire personnelle qui nous lie à GMI. Un des fondateurs est un ancien bénéficiaire de « Omoana House », notre projet de réhabilitation pour enfants nés avec le VIH. Voir qu’il est aujourd’hui devenu un acteur essentiel du changement dans sa propre communauté, qu’il travaille pour transformer la vie d’autres jeunes, c’est un moment qui m’a profondément émue. C’est un bel exemple de comment, avec du soutien et des ressources, des enfants marginalisés peuvent devenir les leaders et les innovateurs de demain.
En lançant ce projet, « Les menstruations n’entravent aucun rêve », nous franchissons ensemble une nouvelle étape, et je sais que nous aurons un impact réel. Parce que ce que nous faisons, c’est bien plus que fournir des produits ou des informations. C’est redonner confiance, dignité et espoir. Ce projet me rappelle que chaque soutien compte, que chaque geste que nous posons résonne dans la vie de ces jeunes. À travers cette collaboration, nous ne faisons pas seulement bouger les lignes de la précarité menstruelle, nous bâtissons des ponts entre le passé et l’avenir, entre les rêves d’hier et les espoirs de demain. Merci, du fond du cœur, pour votre engagement à nos côtés.
Chloé Collier
Chargée de coordination











