Programme de santé mentale pour anciens enfants soldats

Le projet concerne la prise en charge de thérapies pour anciens enfants soldats ayant vécu de nombreux traumatismes au Nord de l’Ouganda. En effet, la situation de stress post-traumatique dont ils souffrent souvent, les empêche d’être réintégrés complètement, d’avoir des perspectives d’un avenir pérenne, affectant ainsi leurs familles et leurs communautés.
Entre 1986 et 2007, le Nord de l’Ouganda a été proie à une guerre civile entre l’armée de Resistance du Seigneur (Lord Resistance Army, LRA) et le gouvernement.  Bien que la région soit désormais pacifiée et que les populations aient quitté les camps de déplacés, elle continue à souffrir gravement des conséquences du conflit. D’une part, l’insécurité, les violences et les déplacements de populations ont anéanti le développement économique, conduisant à une situation économique aujourd’hui toujours très précaire, à laquelle Omoana tente de pallier à travers des programmes de soutien à l’agriculture et de microfinance. D’autre part, la population est traumatisée par 20 années de violences extrêmes. La LRA a utilisé plus de 60'000 enfants qu’elle a forcés à combattre afin de garder le contrôle sur la région par la peur et la violence. Des crimes contre l’humanité et crimes de guerre contre ces enfants, tels que le kidnapping, la participation forcée à la torture et à l’assassinat, des viols de masse, des mariages forcés et des mutilations, étaient courants et faisaient partie de la stratégie du mouvement rebelle. Cette situation a laissé des traces indélébiles dans la société du Nord de l’Ouganda.
 
Durant ses études épidémiologiques dans le nord de l’Ouganda, l’organisation vivo (victim’s voice) a découvert des taux de prévalence de désordre mentaux, tels que le syndrome de stress post-traumatique (en anglais Post-Traumatic Stress disorder PTSD), la dépression ou la suicidalité extrêmement hauts. Le taux de prévalence de PTSD est de 16% dans la population générale, de 25 % chez les anciens enfants soldats, et 50% chez ceux qui ont été enlevés durant plus d’un mois. 
Vivo a également mené des recherches dans la région visant à comprendre la relation entre les événements traumatiques liés à la guerre, leurs conséquences sur la psychologie des individus, ainsi que ce que cela implique pour eux et leur communauté. Ces désordres mentaux engendrent des difficultés conséquentes dans le bien-être de ces personnes de même que dans leur capacité à fonctionner normalement dans leurs relations avec leurs familles et leurs communautés, et leur performance à l’école ou dans des situations professionnelles. Les anciens combattants souffrant du PTSD ont tendance à une certaine agressivité impulsive à l’égard de leurs proches et d’étrangers. À cela s’ajoute une tendance à se diriger vers l’alcoolisme et l’usage de drogues qui peuvent augmenter la violence. 
Cette situation très fréquente chez les anciens enfants soldats, aujourd’hui adultes, affecte leur réintégration dans la société, une réconciliation menant à une paix durable, de même qu’au développement économique de la région. Pour pallier à ce genre de situations, Vivo a mis en place la Narrative Exposure Therapy (NET).
 
NET a été développée en 2003 par Dr. Maggie Schauer et Prof. Dr. Frank Neuner – des psychologues cliniques, fondateurs de Vivo. La méthode de traitement utilisée par vivo s’appelle NET, pour Thérapie d’Exposition par la Narration. Elle consiste à amener le patient à raconter chronologiquement les événements marquants de sa vie. Les événements positifs sont marqués par une fleur sur sa ligne de vie, alors que les événements difficiles, sont marqués par une pierre. Les patients ont vécu une succession invraisemblable de traumatismes. Ils ont par exemple été à la fois victimes de violences physiques et sexuelles, forcés à assister au meurtre de leurs proches, enlevés par la LRA et forcés à tuer des villageois ou des personnes enlevées tentant de s’enfuir. Malheureusement, leurs traumatismes ne s’arrêtent souvent même pas à fin de la guerre, et ils sont encore victimes de violence domestique, sont frappés par le suicide de proches, etc. 
Le patient est invité par les questions du thérapeute à revivre par la narration chacun de ces événements dans les moindre détails, y compris comment il s’est senti psychologiquement et physiquement. Lors d’un meurtre forcé par exemple, le patient racontera les cris de la victime, le nombre de coups portés et leurs conséquences sur le corps de la victime, sa propre peur, panique, parfois distanciation, etc. Le thérapeute prend note de l’histoire de vie, en relit les événements au patient séance après séance, jusqu’à une relecture complète de sa vie en fin de thérapie. Cela permet au patient d’une part de différencier les événements les uns des autres, pour mieux pouvoir les affronter individuellement. D’autre part, cela lui permet de dissocier le passé du présent. En effet, alors que le passé est immuable, dans le présent, ses symptômes de stress diminuent d’une séance à l’autre. 
 
Ce traitement qui dure en moyenne douze séances sur six semaines est extrêmement efficace. Huit mois après, vivo a démontré que 80% des patients ne souffrent plus de PTSD. Il va sans dire qu’il est aussi très sensible et difficile pour les thérapeutes, en raison de l’horreur des histoires de vie. Cela rend délicat et essentiel le travail de vivo consistant à former de thérapeutes qualifiés à gérer ces situations, et à leur apporter conseil et soutien.
 
Le projet concerne la prise en charge de thérapies pour anciens enfants soldats ayant vécu de nombreux traumatismes au Nord de l’Ouganda. En effet, la situation de stress post-traumatique dont ils souffrent souvent, les empêche d’être réintégrés complètement, d’avoir des perspectives d’un avenir pérenne, affectant ainsi leurs familles et leurs communautés. Omoana a donc mis en place un partenariat avec vivo. Après une étude poussée des acteurs dans la région, la section ougandaise de cette ONG s’est avérée la plus à même de mettre en œuvre des thérapies pour traiter le syndrome de stress post-traumatique d’une telle gravité. 
 

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