Soutenir celles et ceux qui aident
Derrière chaque projet, il y a des professionnel.le.s qui accompagnent, écoutent, soignent, enseignent et cherchent des solutions, souvent dans des contextes particulièrement difficiles.
En Ouganda et en Irak, les équipes de nos partenaires sont confrontées quotidiennement à des situations complexes : enfants gravement malades, personnes ayant vécu la guerre, la torture ou des violences sexuelles, jeunes en détention, familles en grande précarité… Leur engagement est remarquable, mais la bonne volonté et la motivation ne suffisent pas toujours.
Soutenir celles et ceux qui aident est donc au cœur de la manière dont Omoana conçoit son rôle auprès de ses partenaires. Ce soutien a d’abord une dimension humaine. Être confronté·e quotidiennement à la souffrance des autres peut avoir des conséquences sur son propre bien-être. Fatigue compassionnelle, stress, sentiment d’impuissance ou épuisement professionnel ne doivent pas être considérés comme une fatalité du travail humanitaire et social. Une étude menée auprès de 376 membres du personnel de 21 organisations humanitaires dans le nord de l’Ouganda a ainsi montré que, selon la dimension considérée, entre un quart et la moitié des personnes interrogées présentaient des niveaux associés à un risque élevé d’épuisement professionnel.
Prendre soin des équipes, leur permettre de souffler, de parler et de trouver leurs propres ressources est aussi une façon de prendre soin des personnes qu’elles accompagnent.
Mais soutenir les équipes, c’est aussi leur donner les moyens de faire leur travail le mieux possible. Face à des problématiques complexes, les professionnel·le·s ont besoin d’outils, de compétences et d’espaces pour réfléchir à leurs pratiques. Formations, développement d’outils, échanges d’expériences ou accompagnement technique font ainsi partie intégrante de nos partenariats.
Il ne s’agit pas pour Omoana d’arriver avec des solutions toutes faites. Notre rôle est plutôt de construire avec les équipes locales, en associant leurs connaissances du terrain à différentes approches et expertises, pour trouver ensemble des réponses adaptées aux réalités rencontrées.
Car derrière la qualité d’un projet, il y a d’abord la qualité, les compétences et le bien-être des personnes qui le font vivre.
Prendre soin de soi pour mieux accompagner les autres
En juillet, Omoana a réuni 39 collaborateur·rice·s de ses organisations partenaires en Ouganda pour un séjour consacré à la prévention de l’épuisement professionnel.
Les équipes de nos partenaires accompagnent au quotidien des personnes confrontées à des situations particulièrement difficiles. Certaines travaillent auprès d’enfants et d’adolescent·e·s vivant avec le VIH, parfois à un stade avancé de la maladie, et sont confrontées à la dégradation de leur état de santé, voire à leur décès. D’autres accompagnent des personnes ayant vécu la guerre, l’enlèvement par des groupes armés, des formes extrêmes de torture ou des violences sexuelles. D’autres encore interviennent auprès de jeunes en détention ou d’enfants victimes de violences. Accompagner, écouter et soutenir jour après jour peut aussi avoir un impact sur celles et ceux dont le métier est d’aider. Le stress, la fatigue compassionnelle et l’épuisement professionnel sont des réalités auxquelles il est important de donner une place. C’est dans cet esprit qu’Omoana a organisé ce séjour à Mukono dans un environnement calme et verdoyant. L’objectif était de permettre aux participant·e·s de sortir quelques jours de leur cadre professionnel et de consacrer du temps à leur propre bien-être. Le programme a volontairement associé des approches différentes. Yoga, Zumba, danse, peinture, théâtre et jeux ont permis de bouger, créer, rire et partager. Ces activités ont été complétées par des discussions autour de la santé mentale et de la prévention du burnout, ainsi que par des séances de counselling. Le séjour a également permis aux membres des organisations partenaires de se rencontrer. Malgré la diversité de leurs métiers, les échanges ont fait apparaître des expériences communes : la difficulté de prendre de la distance avec certaines situations, la responsabilité ressentie envers les personnes accompagnées ou encore la nécessité de trouver un équilibre entre engagement professionnel et vie personnelle. Les participant·e·s sont ainsi reparti·e·s avec des pistes concrètes : pratiquer davantage d’activité physique, utiliser des techniques de relaxation, échanger davantage avec leurs collègues ou chercher un soutien psychologique lorsque cela devient nécessaire. Comme le résumait une participante : « J’ai appris à prendre soin de moi avant de prendre soin des autres. » Ces quelques jours ont rappelé une chose essentielle : prendre soin des équipes n’est pas accessoire à nos projets. C’est aussi leur permettre de continuer à accompagner les autres avec énergie, disponibilité et humanité, dans la durée.
Au coeur : la participation des jeunes
Au coeur : la participation des jeunes
On entend souvent que les jeunes seraient fainéants, désengagés, indifférents aux enjeux qui les concernent. C’est faux. Les jeunes d’Omoana en sont la preuve vivante. En Ouganda comme en Irak, ils démontrent chaque jour une énergie et une volonté d’agir remarquables. C’est là toute la force de nos projets.
Au-delà de la réponse à des besoins essentiels en matière de santé, Omoana s’engage à renforcer des compétences fondamentales : la prise de parole, la confiance en soi, l’esprit critique, le respect de l’autre et l’écoute bienveillante. Ces éléments permettent non seulement de garantir un droit fondamental — celui de participer — mais aussi de contribuer à une société plus inclusive, portée par des citoyens engagés et conscients de leur pouvoir d’agir.
Depuis 2022, j’ai la chance de m’investir au sein d’Omoana, d’abord en tant qu’employée, puis comme membre du comité. Cette expérience m’a permis de me rendre régulièrement en Ouganda, d’y tisser des liens de confiance avec les équipes locales et de rencontrer les jeunes des projets. J’ai ainsi été témoin de transformations profondes.
Je pense notamment à Anisha, qui n’osait presque pas me dire bonjour lors de son premier atelier. Un an plus tard, elle est devenue l’une des porte-parole du projet mené avec St. Francis HCS : elle anime des ateliers, partage ses idées avec assurance et encourage les autres à faire entendre leur voix.
La force d’Omoana réside autant dans la capacité à offrir un espace d’expression aux enfants et aux jeunes que dans celle de les écouter réellement. En prenant le temps de recueillir leurs avis et leurs aspirations, nous nous assurons de répondre à des besoins concrets, de manière pertinente et respectueuse. C’est ainsi que nous concevons chacun de nos projets : en plaçant les premières personnes concernées au cœur du processus, en restant ouverts à la remise en question et en affirmant que chaque voix compte.
Je vous invite à découvrir, à travers ces articles ci-dessous, comment ces principes prennent vie dans nos projets en Ouganda et en Irak. Bonne lecture !
Chloé Collier
Membre du comité
Clubs de jeunes: des espaces de solidarité et de participation active
En Ouganda, les partenaires d’Omoana développent des clubs de jeunes comme de véritables espaces d’expression, de participation et d’entraide. Implantés dans les écoles et les communautés, ces clubs offrent aux enfants et aux jeunes des lieux sûrs où ils et elles peuvent partager leurs expériences, renforcer leurs compétences et s’impliquer activement dans des initiatives locales. Au-delà du simple soutien entre pairs, ils permettent aux jeunes de devenir des acteur·rices du changement, capables d’identifier des problématiques, de proposer des solutions et de s’engager concrètement pour améliorer leur environnement.
Dans les écoles, Backup Uganda met en place des clubs de l’inclusion. Ces espaces permettent aux élèves de devenir acteurs et actrices du changement en soutenant leurs camarades ayant des troubles de l’apprentissage. Ils montrent qu’un environnement inclusif dépend aussi de l’engagement des pairs, et pas uniquement des adultes.
Dans les communautés, Omoana House et St.Francis HCS accompagnent des clubs de jeunes vivant avec le VIH. Les membres, souvent les plus expérimenté·es ou les plus confiant·es, apportent un soutien moral à leurs pairs, notamment pour l’adhésion aux traitements. Ce rôle est d’autant plus crucial dans un contexte marqué par les coupes de USAID, qui fragilisent les dispositifs d’accompagnement. Ces clubs sont aussi des espaces d’épargne collective, renforçant la solidarité et la capacité des jeunes à se projeter.
À Iganga, Girls Menarch Initiative met en place des clubs menstruels inclusifs, impliquant à la fois filles et garçons comme ambassadeur·rices de l’hygiène menstruelle. Ces clubs offrent également des espaces d’échange sur les questions de genre, de violences et de confiance en soi, à travers des activités interactives.
Fait marquant : plusieurs responsables de ces initiatives sont d’ancien·nes bénéficiaires de clubs soutenus par Omoana. Leur parcours témoigne de l’impact durable de ces espaces, qui renforcent la confiance, l’autonomie et l’engagement des jeunes.






Initiatives pour la paix, une jeunesse engagée à Mossoul
À Mossoul, ville d’Irak marquée par des années de conflits, de divisions et de reconstruction, la jeunesse incarne aujourd’hui un véritable levier de transformation sociale. Carrefour d’identités, d’histoires et de communautés, la ville reste traversée par des tensions, mais elle est aussi un espace où émergent des initiatives porteuses d’espoir et de dialogue.
Le projet porté par Aid Gate Organization, partenaire d’Omoana, vise à redonner une voix aux jeunes en les accompagnant dans une réflexion sur leur identité et leur pouvoir d’agir. Car l’identité n’est jamais unique : chacun·e porte une multiplicité d’appartenances: genre, famille, croyances, territoire, souvenirs. Certaines dimensions nous sont imposées, mais d’autres relèvent de nos choix : nos paroles, nos attitudes, notre manière d’aller vers l’autre. La paix commence dans ces choix quotidiens : refuser les discours de division et privilégier l’écoute et la compréhension.
Pour soutenir cette dynamique, des activités artistiques — dessin, musique, théâtre forum — permettent aux jeunes d’exprimer leurs vécus et d’imaginer des futurs différents, au-delà des récits imposés. En parallèle, des formations de formateur·rices en éducation à la paix et des ateliers de plaidoyer ont été lancés.
Le plaidoyer y est abordé comme un moyen concret d’agir pour le changement : il s’agit de sensibiliser, mobiliser et influencer les comportements, les décisions ou les politiques autour d’une cause qui compte pour les jeunes. Dans ce cadre, le programme Civic Engagement Together accompagne les participant·es à développer des compétences clés — prise de parole, narration, mobilisation — et à structurer des actions collectives en faveur des droits humains, de la paix et du développement durable. Prochainement, les jeunes proposeront leurs propres initiatives pour la paix, qui seront sélectionnées et soutenues. Une étape clé pour renforcer leur engagement citoyen et leur rôle d’acteur·rices du changement.
Retrait de l’aide humanitaire américaine - Article dans La Liberté
Article sur Omoana – La Liberté
L’association Omoana, qui accompagne des enfants vivant avec le VIH en Ouganda, constate que le démantèlement de l’USAID fragilise les plus démunis. Omoana tente d’y pallier. Elle n’est pas la seule.
Survivre à l'indicible: Accompagner la reconstruction après l'enfance volée
Depuis 2014, Omoana collabore avec vivo Uganda, une organisation spécialisée dans la prise en charge du stress post-traumatique auprès de personnes ayant été affiliées à des groupes armés durant leur enfance. Cette réalité renvoie à l’un des crimes de masse les plus graves commis contre les enfants : entre 1986 et 2006, environ 60 000 enfants ont été utilisés comme soldats dans le nord de l’Ouganda. Forcés de participer à des massacres d’une extrême violence, près de la moitié d’entre eux étaient des filles, réduites à l’esclavage sexuel. Les séquelles de ces violences sont encore très présentes aujourd’hui. Lorsque les traumatismes ne sont pas traités, la souffrance se transmet et les violences se répercutent au sein des familles et des communautés. C’est pour répondre à cette urgence que vivo Uganda accompagne, année après année, des personnes marquées par des expériences inimaginables.
L’organisation s’appuie sur une équipe d’une vingtaine de conseillers, supervisés par Anett Pfeiffer. Récemment, nous avons eu l’opportunité de participer à une séance de supervision. Ces temps sont essentiels : les conseillers y revisitent des situations cliniques extrêmement lourdes, bénéficient d’un soutien technique, mais surtout disposent d’un espace pour déposer ce qu’ils portent. Prendre soin des thérapeutes est indispensable pour prévenir l’épuisement et leur permettre de continuer à accompagner avec justesse.
Lors de cette séance, plusieurs récits ont profondément marqué. Celui d’une personne rejetée par sa famille, parce que certains de ses proches avaient été tués lors d’une attaque en sa présence. En effet, l’Armée de Resistance du Seigneur forçait parfois ses recrues à être impliquées dans le massacre de leurs propres familles pour qu’elles ne puissent plus rentrer chez elles. Comment vivre ensuite avec cette culpabilité imposée et ce rejet ? Une autre personne encore racontait s’adresser à sa mémoire : « Ces souvenirs appartiennent au passé. Laisse-moi vivre au présent.» Malgré une amélioration, cet homme, veuf, confiait simplement souhaiter quelqu’un « pour lui gratter le dos ». Il se sent maintenant prêt à retrouver l’amour, aller de l’avant pour un avenir moins seul. Face à une adversité extrême, ce qui frappe est l’humanité omniprésente : dans les histoires, mais aussi dans l’engagement du personnel. Collaborer avec des personnes aussi compétentes, profondément humaines et inspirantes est une véritable chance.



Redonner de la joie et de la dignité aux enfants privés de liberté


Depuis 2023, Omoana collabore avec Hashtag Gulu, une ONG locale engagée auprès des enfants et des jeunes vivant ou travaillant dans la rue à Gulu, dans le nord de l’Ouganda. Beaucoup de ces jeunes grandissent dans des environnements familiaux profondément fragilisés, marqués par la pauvreté, la violence et l’instabilité. Cette
situation s’explique en grande partie par l’histoire récente de la région, fortement affectée par des années de conflit armé, dont les conséquences continuent d’éroder le tissu social et les mécanismes de protection communautaire.
Livrés à eux-mêmes, certains enfants se retrouvent dans la rue, où la survie passe parfois par le vol ou l’intégration de groupes et de gangs. Ils sont fréquemment confrontés à des violences, tant de la part des forces de sécurité que des communautés. Beaucoup connaissent également la détention, parfois durant plusieurs mois, dans des conditions sanitaires précaires et dans un climat de rejet et de stigmatisation.
Face à cette réalité, Hashtag Gulu intervient notamment au sein de la prison pour mineurs de Gulu en proposant des activités de soutien psychosocial. Théâtre, danse, arts visuels et expression créative permettent aux jeunes de retrouver une voix, d’exprimer leurs émotions et de reconstruire une estime de soi mise à mal. Ces actions s’appuient sur des approches qu’Omoana a contribué à renforcer, en plaçant l’art et la créativité au coeur de l’accompagnement.
Le 21 décembre dernier, l’équipe a organisé une fête de Noël au sein de la prison pour mineurs. Jeux, activités artistiques et moments de partage ont rythmé la journée, avec la présence d’un artiste reconnu à Gulu venu chanter pour les jeunes. Offrir un instant de joie et de légèreté à des enfants souvent rejetés est essentiel. Mais au-delà de l’événement, c’est surtout le dévouement sincère de l’équipe de
Hashtag Gulu qui frappe : un engagement humain, respectueux et profondément solidaire, qui fait du bien à voir et qui continue de nourrir l’espoir.
Chaque enfant peut apprendre : Omoana renforce l’inclusion scolaire en Ouganda
À partir du 1er décembre 2025, Omoana soutient l’expansion du projet « Chaque enfant peut apprendre » mené par Backup Uganda dans le Nord de l’Ouganda. Ce programme vise à construire une école réellement inclusive pour les enfants ayant des difficultés ou handicaps d’apprentissage, un enjeu encore peu reconnu en Ouganda. Dans les écoles publiques ougandaises, les défis sont nombreux : classes surchargées, manque de matériel, faibles revenus des familles. Lorsqu’un enfant présente un trouble d’apprentissage — dyslexie, dyscalculie, autisme, trouble de l’attendtion et/ou de l’hyperactivité (TDAH)— ces obstacles deviennent encore plus lourds. Sans compréhension de la part des adultes, beaucoup d’enfants développent un sentiment de rejet, perdent confiance en eux et abandonnent progressivement leurs études, compromettant leur avenir.
Pour répondre à cette situation, le projet investit dans le renforcement des compétences des équipes éducatives. 600 enseignant·e·s et administrateur·rice·s seront formé·e·s à repérer précocement les troubles d’apprentissage et à adapter leurs pratiques pédagogiques. Les ateliers en présentiel, l’accompagnement en classe et les modules hybrides permettent d’atteindre également les écoles rurales, tout en offrant aux équipes des outils concrets pour soutenir chaque enfant selon ses besoins spécifiques.
La collaboration avec les parents et aidant·e·s constitue un autre pilier essentiel. Beaucoup ignorent l’existence de ces troubles ou les interprètent à travers des croyances locales. Les rencontres communautaires et les épisodes du podcast “Every Child Can Learn”, disponibles en plusieurs langues, renforcent la compréhension et l’implication des familles. Le numérique facilite l’accès à l’information, mais le présentiel reste indispensable pour instaurer la confiance et répondre aux questions.
Enfin, l’introduction de clubs d’inclusion permettra aux élèves de devenir acteur·rice·s d’un environnement scolaire bienveillant et solidaire. Ces clubs créent un espace où chacun·e peut s’exprimer, partager ses expériences et encourager ses pairs, contribuant ainsi à transformer la culture de l’école de l’intérieur.
Grâce à ce projet, Omoana contribue à construire des écoles où chaque enfant peut apprendre, s’épanouir et trouver sa place, quelles que soient ses différences.


Interview sur Radio Fribourg– Traiter le stress post-traumatique chez les anciens enfants soldats
Adrien Genoud, directeur d’Omoana, est récemment intervenu au Mag de Radio Fribourg pour parler d’un enjeu central de notre engagement en Ouganda : la prise en charge des traumatismes psychiques chez les anciens enfants soldats devenus adultes, à travers un projet mené par notre organisation partenaire vivo Uganda.
Dans le nord de l’Ouganda, les séquelles du conflit entre l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) et l’armée gouvernementale marquent encore profondément les individus et les communautés. Au cours de cette interview, Adrien Genoud explique comment vivo Uganda accompagne les personnes souffrant de stress post-traumatique grâce à des thérapies spécialisées, à la formation de thérapeutes ougandais et à la sensibilisation des communautés et des autorités locales.
L’entretien souligne également l’impact collectif de ce travail thérapeutique : en aidant les personnes les plus gravement traumatisées, le projet contribue à briser le cycle de la violence au sein des familles et des communautés, renforçant ainsi la paix et la cohésion sociale dans la région.
🎧 Écouter le podcast pour mieux comprendre comment la guérison des traumatismes devient un pilier essentiel d’une paix durable en Ouganda.
Mobilisons-nous pour les enfants vivant avec le VIH
Nouvelles d'Omoana | Septembre 2025
Les récentes coupes dans le financement de l’USAID affectent de nombreux·ses acteur·rice·s du secteur de la santé en Ouganda. Le résultat est clair : une crise grave s’annonce pour les 80 000 enfants vivant avec le VIH. Déjà, nous constatons de nouveaux défis quant à l’accès et à la prise régulière des traitements. Et demain, sans soutien renforcé, davantage d’enfants risquent de basculer vers des formes graves de la maladie.
Depuis sa création, Omoana s’est donné pour mission de bâtir une approche durable, ancrée dans le tissu communautaire. Notre responsabilité est de protéger en priorité les enfants les plus exposé·e·s au rejet et à la maladie. Avec notre partenaire St. Francis HCS, nous faisons face chaque jour à des histoires de souffrance que nul·le enfant ne devrait vivre. Il n’est pas facile de porter ce poids sur le long terme. Mais le personnel fait preuve d’un engagement et d’une persévérance uniques.
À celles et ceux qui nous soutiennent déjà, nous exprimons toute notre gratitude. Votre appui rend ce combat possible.
Dans ce numéro, vous pourrez découvrir des informations issues d’une récente évaluation conduite auprès de 229 enfants, parents et soignant·e·s. Elle donne un aperçu concret de leur situation actuelle, de leurs difficultés et de leurs espoirs.
De manière générale, le contexte de financement devient extrêmement difficile pour Omoana, comme pour de nombreuses ONGs. Face à l’ampleur de cette crise, nous lançons un appel à la mobilisation. Il ne s’agit pas seulement de traitements ou de nutrition. Il s’agit de dignité, de survie et d’avenir pour des enfants qui ont déjà trop souffert. Plus que jamais, nous avons besoin d’un élan collectif pour protéger les plus vulnérables et leur offrir la possibilité de grandir, d’apprendre et de s’épanouir.
Adrien Genoud, Directeur
Quand les enfants vivant avec le VIH voient leur avenir menacé : l’urgence d’agir
En Ouganda, l’avenir de milliers d’enfants et d’adolescent·e·s vivant avec le VIH est aujourd’hui menacé par les coupes soudaines des financements américains de l’USAID. Les conséquences se font déjà sentir dans les hôpitaux, les centres de santé publics comme privés, ainsi que dans les services communautaires. À l’hôpital pour enfants de Nalufenya, la suppression brutale de 40 % du personnel médical a désorganisé le suivi des jeunes patient·e·s et accru la charge de travail des soignant·e·s restant·e·s. Si les antirétroviraux (ARV) sont globalement disponibles, l’enjeu est bien plus large que l’accès aux stocks. Le véritable risque réside dans la rupture du lien vital entre l’enfant et son traitement : transport, suivi, accompagnement.
Sans ce soutien, de nombreux·ses jeunes interrompent leurs prises régulières, ce qui entraîne rechutes, hospitalisations et entrée dans les phases 3 ou 4 du VIH, synonymes de maladies opportunistes graves. Les équipes d’Omoana et de St. Francis Health Care observent déjà ces signaux inquiétants : davantage de complications médicales, une recrudescence des hospitalisations et un sentiment de découragement parmi les jeunes. Chaque interruption fragilise à la fois le corps et la confiance en soi.

Dans ce contexte, les équipes de santé villageoises jouent un rôle crucial. Ces volontaires communautaires assurent un suivi de proximité, visitent les familles et veillent à ce que les enfants poursuivent leur traitement. Mais leurs moyens limités ne suffisent pas à compenser les coupes massives. Le défi est également psychosocial : la peur de la stigmatisation pousse de nombreux·ses adolescent·e·s à cacher leur statut, ce qui accentue leur isolement et compromet leur scolarité comme leur équilibre social.
Face à cela, Omoana et St. Francis développent une approche intégrée : distribution communautaire de médicaments, visites à domicile, groupes de parole, théâtre psychosocial, mentorat par des pairs et accompagnement familial. Ces initiatives redonnent confiance, favorisent l’adhésion au traitement et permettent aux jeunes de se projeter dans l’avenir.
Le rapport réalisé en aout dernier (disponible sur demande), issu d’une consultation de 229 enfants, parents et soignant·e·s est clair : sans soutien urgent, une crise sanitaire et sociale de grande ampleur menace. Derrière chaque statistique, il y a un·e enfant, une histoire, un avenir encore possible. Ne pas agir aujourd’hui, c’est condamner une génération entière à revivre les tragédies du passé.
Anisha, de la douleur à l’engagement
Anisha a 21 ans. Elle vit avec le VIH et fait aujourd’hui partie des visages lumineux d’Omoana. Son parcours, pourtant, n’a pas toujours été simple. Enfant, elle a connu la stigmatisation la plus cruelle : « À l’école, on refusait que je m’assoie à côté de mes camarades. Il
s avaient peur que je les contamine, surtout à cause des boutons qui couvraient ma peau. » Ces souvenirs, qui remontent à ses premières années de primaire, restent une blessure vive.
En 2013, Anisha reçoit le soutien d’Omoana House. Là, sa vie change : elle découvre son statut sérologique, mais aussi un environnement sécurisant, fait d’écoute et de soutien. Les rencontres avec d’autres enfants vivant avec le VIH lui redonnent espoir : « Cela m’a apporté de la joie et m’a rappelé que j’étais importante, comme tout le monde. » À travers un accompagnement psychosocial constant et des opportunités de mentorat, Anisha trouve peu à peu sa voie.

Aujourd’hui, elle est elle-même mentor. Son rôle consiste à accompagner ses pair·e·s en animant des groupes communautaires hebdomadaires, en visitant les jeunes chez eux et en leur parlant de santé, de droits et d’espoir. «Ce qui me rend heureuse, c’est de voir mes camarades retrouver le sourire et l’envie de continuer. » Elle raconte notamment l’histoire d’un jeune qui voulait fuir sa maison : après lui avoir parlé et mobilisé l’équipe d’Omoana House, elle a réussi à le ramener dans le groupe. « C’est ce genre de moments qui me montrent que mon rôle a un sens », confie-t-elle.
Accessible, exemplaire et profondément engagée, Anisha inspire confiance. Elle utilise son expérience personnelle pour tendre la main à d’autres, et son cheminement illustre la mission d’Omoana : transformer la vulnérabilité en force, et semer la lumière là où la douleur avait pris racine.
Crédit photos: Remi Portier Photographie
Notre travail auprès d'enfants vivant avec le VIH: reportage de la RTS
En Ouganda, la moitié des personnes vivant avec le VIH sont âgées de moins de 15 ans. Dans le cadre du 19:30, la RTS a consacré un reportage au projet mené par St. Francis Health Care Services et Omoana, qui apporte un soutien social et médical aux enfants les plus touchés par le VIH. Nous vous invitons à découvrir ce projet essentiel et porteur d’espoir.
Projet de santé mentale auprès d'anciens enfants soldats: Reportage sur Leman Bleu
En janvier 2025, l’émission Esprit solidaire a consacré un reportage, incluant un entretien avec notre directeur Adrien Genoud, au projet de santé mentale mené par vivo en Ouganda. Ce programme, unique au monde par son ampleur et sa technicité, propose une thérapie d’exposition par la narration destinée aux personnes traumatisées ayant été affiliées à l’Armée de résistance du Seigneur durant leur enfance, tout en formant les professionnels locaux du secteur. Nous vous invitons à visionner ce reportage pour découvrir davantage ce projet essentiel et singulier.
https://www.youtube.com/watch?v=wmxtlRYI-ek&t=38s








