06 Oct

Des agents de crédit à vif sur le terrain

Posté par Magali Perrin
J'aimerais vous raconter une histoire, celle d’ Evelyne, Jimmy, Judith, Alfred et Geoffrey.
Ce sont des agents de crédits dans le district de Nwoya, près de Gulu, au nord de l’Ouganda. Leur travail consiste principalement à sensibiliser et former les villageois des communautés locales à la microfinance, leur débourser des prêts et récolter les remboursements. Leur quotidien est fait de pistes de terre orange, sous forme de poussière les bons jours ou de boue les mauvais. De chemins damés pour les bonnes routes, et de sentiers défoncés pour les mauvaises.
Ensuite il y a les communautés. Des familles réunies en villages. Des cases faites de briques et de toit de paille, quelques arbres, des champs, ainsi qu’une source d’eau souvent un peu trop éloignée, surtout avec un baril de 20 litres sur la tête. Dans ces communautés, les intéressés se réunissent en groupes de 15 à 25 personnes sous l’impulsion du projet de microcrédit. Celui-ci a pour but de renforcer les capacités des parents d’enfants vulnérables de la région à subvenir aux besoins de leurs familles. Les différentes formations et l’accès à des prêts leur permettent de diversifier leurs sources de revenu afin de répondre au mieux aux droits fondamentaux des enfants. Dans une volonté de renforcement des capacités des bénéficiaires,  des cours abordant des thématiques telles que la dynamique du groupe, la gestion de crédit et d’épargne ou encore l’entrepreneuriat sont dispensés. Les groupes sont évalués à chaque nouvelle phase de déboursement et l’enseignement adapté en fonction du contexte et des besoins. L’analphabétisme étant fréquent en Ouganda, notamment parmi les femmes, l’accent est mis sur un apprentissage accessible à tous. Une fois le groupe de microcrédit formalisé, commence le processus de prêts. Une épargne obligatoire et un service de micro-assurance en font également partie. Ces prêts sont octroyés sur 5 paliers, s'échelonnant de 50’000 shillings (environs 14 CHF) à 600’000 (environs 176 CHF), et sont remboursables en 6 mois à un taux d’intérêt de 15%.
 
C’est ici que le travail des agents de crédit prend toute son importance. Comme je l’ai dit, les routes sont mauvaises et pour l’avoir vécu, les chutes fréquentes en période de pluies. Les pannes de véhicule ou d’essence sont monnaie courante compte tenu de l’éloignement et l’isolement de certains villages. Les soucis de sécurité sont omniprésents, en lien aux montants conséquents que ces travailleurs du bout du monde font circuler.
Pour ce qui est des remboursements, les agents doivent affronter les retards et les non-payeurs, ainsi que les déménagements; jouer les médiateurs en cas de conflits internes aux groupes; ou encore saisir les biens en garantie le cas échéant. Ceci dans des contextes socio-économiques souvent délicats et complexes. La patience est aussi de rigueur, car arriver dans une communauté signifie souvent quelques heures d’attente, le temps que les membres du groupe de microcrédit se rassemblent, les femmes assises par terre et les hommes sur les rares sièges. Puis que l’on prenne le temps de discuter, de parler des difficultés de chacun ou d’échanger sur le quotidien, toujours au milieu des rires et des enfants, sous un arbre de préférence.
 
Ceci menant à cela, les bénéficiaires du projet de microcrédit créent ou développent un commerce. Comme par exemple la vente de charbon, de produits d’hygiène; l’ouverture d’un atelier de couture, d’un salon de coiffure; le développement d’une agriculture commerciale et bien d’autres. Ces micro-entrepreneurs sont très vulnérables aux imprévus et souvent pourvus d’un faible bagage scolaire. En revanche ils sont dotés d’un savoir faire et d’une capacité d’adaptation prononcée, mais manquent de capital pour valoriser leur potentiel, d’où le besoin en institution de microfinance.
 
Le projet leur permet de développer leurs savoirs et connaissances, de valoriser leurs activités et d’apprendre à mieux se gérer financièrement. Et pour finir, l’augmentation des revenus permet d’améliorer l’hygiène de vie des foyers concernés. Des chefs de famille parviennent à subvenir aux besoins des leurs et sortent du cercle vicieux du chômage et parfois de l’alcoolisme. Les femmes étant nombreuses au sein de ces groupes, on observe un changement des rôles dans les foyers. Une majorité dit avoir gagné en confiance et en indépendance.
 
Et au final ce sont des enfants qui vont à l’école au lieu de travailler pour soutenir leurs proches, le recul des mariages précoces, des perspectives professionnelles qui s’ouvrent…. et un avenir plus prometteur. Pour tendre vers cet objectif social, Evelyne, Jimmy, Judith, Alfred et Geoffrey roulent toujours et encore, ils roulent. Merci de les soutenir.
 
Magali Perrin
Coordinatrice

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